Ciné-débat : La Domination Masculine en question
Par Julien | 18 janvier 2010 | Catégorie : Cinéma | 1 Commentaire »A l’initiative de la section de Malakoff des Femmes Solidaires, organisation féministe française historique, était projeté La Domination Masculine, le dernier film du Montois Patric Jean. La séance était suivie d’un débat avec le réalisateur, et après moult avis des spectateurs et spectatrices, BiP n’a pas résisté à aller lui poser quelques questions. Entretien avec celui qui partage désormais sa vie entre Bruxelles et Paris.



Julien pour BIP : Après avoir vu ce reportage tourné entre la France, la Belgique et le Québec…
Patric Jean : C’est un documentaire !
BIP : Au temps pour moi, après avoir vu ce documentaire donc, qui se déroule autour de la Francophonie, on a envie de te demander, en temps que cinéaste belge, quelle serait ta définition de la belgitude.
PJ : Sincèrement ? Je n’en ai aucune. Je ne sais même pas ce que c’est que la belgitude. Il y a quand même une chose qui nous sépare des Français, c’est qu’en Belgique, on est pas fiers de ce que l’on est. Après, en terme d’identité, je pense qu’il y a moins de différence entre un Belge de Mons ou de Liège et un Lorrain de Nancy, qu’entre un Breton et un Corse. Et c’est vrai qu’on trouvera des tas de petites différences d’accent, de patois ou de culture tous les cinquante kilomètres dans cette zone francophone qui regroupe la Belgique, la Suisse et la France, mais si je devais tracer une autre frontière entre la Belgique francophone et la France, elle se situerait au niveau du regard que l’on porte sur soi-même : critique, modeste, avec un humour noir, qui vient du fait que la Belgique est une petite entité et notre voisin, un grand empire. Le fait que l’on sache se moquer de nous-mêmes fait qu’un Poelvoorde par exemple ne pourrait pas exister en France, par exemple.
BIP : Le fait que le film soit réalisé par un Belge justifie-t-il ce côté décalé dont tu parles et donc, qui va à l’encontre des nombreuses critiques faites par les médias français?
PJ : Je ne pense pas. En plus je ne suis pas « un Belge ». Quand on va voir un film réalisé par un juif, on ne le regarde pas parce que le réalisateur est juif. Personne n’est défini par le fait d’être juif, Belge, musulman ou Italien, c’est à mon avis plus complexe que ça. Moi qui voyage pas mal, il m’arrive de me trouver beaucoup plus de ressemblances avec des gens que je peux rencontrer en Italie ou en Espagne, qu’avec des gens du Borinage. Un Italien qui a mon niveau d’études, les mêmes opinions politiques et le même regard sur le monde que moi me ressemblera plus qu’un Montois d’extrême-droite. Quand on parle d’endroit où l’on est né, ce n’est pas seulement géographique: c’est aussi sociologique. On peut avoir un attachement sentimental à l’endroit où l’on est né, mais je ne me sens pas Belge pour autant; je me sens Européen et francophone, parce que ma culture est profondément européenne, et j’ai été conditionné par la langue française qui m’a appris la vie.
BIP : La Domination Masculine a été en grande partie tournée au Québec. C’est parce qu’il n’y avait pas suffisamment de matière en Europe ?
PJ : Pas en si grande partie que ça, puisque les deux tiers du film ont été tournés en Belgique et en France, et je ne fais pas la césure entre les deux puisque je considère qu’il ne s’agit que d’un seul territoire en ce qui concerne le sujet du documentaire ; il n’y a pas de différence culturelle entre hommes et femmes. A la limite, il y en aurait plus entre le Nord et le Sud de la France, pour vous dire…
Après, si j’ai choisi d’également tourner au Québec, ce n’est pas parce que je n’avais pas de matière en Europe, c’était plutôt pour mettre la différence en valeur, et comparer la situation chez nous avec un société qui a vingt ans d’avance.
BIP : Quelle est l’actualité, ou l’évènement belge qui t’a marqué en 2009 ?
PJ : Euh… Qu’est-ce que je pourrais dire qui ne soit pas une banalité ? (Sourire)
BIP : La nomination de Van Rompuy au conseil européen ?
PJ : Pas ça ! En terme de non-évènement on ne fait pas mieux ! Je me rappelle avoir été en grande périphérie de Liège un peu avant les élections, et ce qui m’a frappé, c’est la présence sur beaucoup de maisons, d’affiches d’un homme politique qui s’est rendu populaire en prenant l’habitude d’être saoul à la télévision. Ca m’a beaucoup choqué car je trouve très pessimiste pour l’avenir de la politique, d’acquérir de la popularité par de tels moyens.
BIP : Une dernière question, qui est la plus masculine des deux ? Ségolène Royal ou Joëlle Milquet ?
PJ : Je n’en sais absolument rien, et de toute façon je ne voterai pour aucune des deux ! (Rires)
Pas encore vu le film ? Envie d’aller plus loin dans le débat ?
Une seule adresse : www.ladominationmasculine.net





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