Rapt, il l’a pas volé…
Par Julien | 11 janvier 2010 | Catégorie : Cinéma | 2 commentaires
Ceux qui ont classé Rapt dans un genre bien particulier auraient tout intérêt à revenir sur leur décision : le dernier Lucas Belvaux n’est pas un drame, ni un thriller, ni un policier. On y voit plutôt un mélange des trois qui confère au scénario une force toute particulière, et l’incapacité de le ranger dans une case x ou y.
Rapt, c’est l’histoire du patron de l’un des plus grands groupes industriels français (Stanislas Graff, brillamment interprété par Yvan Attal) qui se fait enlever quelques minutes seulement après le générique de début. Un personnage que l’on semble pourtant connaître par coeur tant son rapide portrait est efficacement dépeint: flambeur et infidèle, joueur et endetté… mais riche ! Ce qui amène ses kidnappeurs à envoyer à la famille, à peine leur hôte installé, une rançon de 50 millions accompagnée d’un doigt de celui qu’ils continuent à appeler, malgré sa déchéance, le « Président ». Graff ne négocie pas, il subit, se contente d’obéir aux ordres, pour tenter de préserver sa vie et ses intérêts, et vit chaque jour, en plus des humiliations liées à sa captivité, le cauchemar de voir les rôles s’inverser. Il n’est plus le patron puissant et bien sous tous rapport avec le gouvernement, vivant dans son hôtel particulier du XVIème arrondissement avec femme (Anne Consigny) et enfants. Progressivement, il est la victime, le dominé, le faible… et le problème. Car kidnapper l’un des patrons les plus puissants du pays n’est pas une chose simple, ni pour les ravisseurs, ni pour le camp adverse: la libération et la vie du Président sont perpétuellement marchandées, la presse à scandale profite de sa captivité pour le traîner dans la boue en révélant petit à petit tous ses excès, un bras de fer s’engage entre famille et police pour déterminer qui aura le privilège de le libérer, pour combien d’ailleurs ? 50 millions c’est trop ! Et il n’est pas question que le groupe industriel paie une rançon qui relève du domaine privé ! Éventuellement, il pourrait avancer les fonds récoltés par la famille, puis négocier avec des ravisseurs qui ne négocient pas…
Le dilemme paraît insoluble, et pourtant l’on souhaite qu’à sa libération (oui, car Graff est libéré bien avant la fin du film, et, rendez-vous compte, sans qu’un centime ait été versé), le Président reprenne sa vie d’antan, avec ses frasques en moins.
Mais, et c’est là que tout le génie de Belvaux entre en piste, Rapt n’est pas un simple film de gangsters au scénario conventionnel: kidnapping, négociations, captivité, angoisse, larmes, libération, embrassades, larmes de nouveau et clap de fin. Non, en plus de sa capacité à entremêler les genres, le réalisateur réussit à savamment doser et intégrer des thèmes divers et variés au sein de la même pellicule, si bien qu’après avoir goûté à chacun d’entre eux: argent, famille, pouvoir, infidélité, trahison, intérêts personnels, hypocrisie… on en ressort pas écœuré mais plutôt ému, bouleversé, muet, ne sachant pas quoi penser à chaud de ce brillant mélange d’action, de suspense et d’émotion, avec cependant une question qui persiste : la libération du Président en est-elle vraiment une? Le retour est brutal, loin des scénarii classiques. Ici, point de syndrome de Stockholm, mais un dur retour à la réalité : une image à reconstruire, une crédibilité à retrouver, la vie qui recommence, mais sans avoir pris le temps d’attendre… Evincé du pouvoir, en proie au divorce, le rapt de Stanislas Graff aura certainement constitué un point de transition dans son existence tumultueuse, son avocat parlant même d’ « une nouvelle vie qui commence ».
Mais un événement aussi perturbant soit-il, vous change-t-il véritablement un homme ?
On retrouve dans le film des références plus ou moins explicites à l’affaire du Baron Empain, pour les faits racontés (il semblerait d’ailleurs que l’intéressé ait particulièrement apprécié l’histoire), ou à l’œuvre d’Heinrich Böll « L’Honneur perdu de Katarina Blum », pour le rôle important que joue une certaine presse dans la manière de percevoir un homme sous un angle ou un autre, selon les arguments avec lesquels on va manipuler l’opinion publique.
Rapt n’est donc pas un film à voir pour des scènes d’actions intenses et explosives entre gendarmes et voleurs, ni pour une pression psychologique extrême et continue. Lucas Belvaux nous prouve ici qu’il est un peu touche-à-tout, mais le pari est réussi. Loin d’être pervers, on ne se réjouit pas du sort réservé à un patron d’une arrogance extrême, son dernier film relève tout simplement de la réussite. A voir absolument donc.
- Rapt, de Lucas Belveaux, en salle depuis le 18 novembre 2009





Bravo au réalisateur … Dont le talent n’est plus a démontrer.
Bravo également au chroniqueur … Une jolie plume qui reflète subtilement les plaisir de ce scénario à tiroirs…
Bien vu
Pascal
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