Jan Bucquoy, activiste sans-culotte #1
Par Delphine | 16 novembre 2009 | Catégorie : A la une, Expos | Pas de commentaire »
Jan Bucquoy, l’agitateur belge qui présente à Paris son Musée du Slip section fraaaançaise, oui Madame, répond aux questions improvisées de BIP, sur un banc, devant la Galerie Immanence (14e arrd).
L’artiste belge entend bien secouer à nouveau la France avec ses projets anarchico-humano-rigolos. Une démarche qui s’inscrit toujours dans le cadre de son vaste coup d’Etat et qui finalement tend peu à peu à une analyse sociologique et politique de nos pays industrialisés…
A lire avec une Chimay Bleue, comme dirait le castard !
Jan Bucquoy : Alors c’est une Française qui s’occupe des Belges à Paris ?
Delphine : Vous voulez vraiment qu’on commence comme ça ?
JB : non non !
Delphine : Pour le Musée du Slip, vous venez à Paris sous quelle casquette ?
JB : hum… c’est la casquette du Belge… qui débarque en France… c’est comme un Candide si tu veux, quelqu’un de naïf, qui a une image neuve. Il se dit, tiens, je vais apporter un peu l’esprit belge en France. Donc il apporte le Musée du Slip. C’est le truc qui, apparemment, dans tout ce que je fais, est le plus accessible, le plus universel.
Delphine : Mais ce Musée du Slip, il a existé déjà à Bruxelles, en Belgique !
JB : oui mais là, j’ouvre la section Française. J’ai demandé à plein de personnalités françaises de m’envoyer leur slip. Et puis là, j’ai fait des œuvres spécifiques comme les Présidents de la République Française et en Belgique j’avais fait la famille Royale Belge. Donc là j’ai demandé à des artistes, écrivains, philosophes, ministres, députés, maires, sénateurs, Carla et Nicolas Sarkozy, bien entendu. J’ai envoyé environ 500 lettres en tout. Et j’ai eu très peu de réponses. Mais j’en ai encadrées certaines, faute d’avoir récupéré leur Slip. Leur réaction montre vraiment l’idée qu’ils ont d’eux-même.
Delphine : Mais comment vous leur présentez le projet ? En tant que LE Belge qui veut déstabiliser les Français ?
JB : De toute façon, je suis là pour déstabiliser l’état du monde, la hierarchie, l’égalité… c’est un travail sur l’égalité. C’est la base même de ce propose une république : l’égalité en les gens. Mais l’inégalité règne : les gens par exemple, pour une heure de travail ne gagnent pas du tout la même chose et notre capital, c’est quand même le temps qu’on passe sur la planète. Moi je reviens à l’origine : on était des singes et un jour, on a mis un slip et on est devenus des hommes. Je suis très Darwinien.
Delphine : Mais on peut aussi être inégaux au niveau du slip ?
JB : Bah on est pas tous les même évidemment, ya des petits zizis et des grands zizis déjà ! Même si c’est pas toujours les plus grands qui font les meilleurs… (rires) Il parait que c’est les 7 premiers centimètres qui comptent ! Bon finir avec ce débat très masculin, revenons à l’inégalité. Je parle de l’inégalité qu’on nous propose. Et ça les gens le sentent. Et c’est un vrai débat dont on ne parle pas beaucoup. Ce qui m’amuse c’est de l’amener de façon marrante. Au niveau symbolique, tout le monde s’y reconnait : si on est tous en slip, pourquoi y’en a un qui dit tout et les autres suivent. C’est une grave question : pourquoi la plupart des gens sont soumis et acceptent. Quelles sont leurs qualités exactes pour dominer le monde.
Delphine : En quoi l’accueil est-il différent en France et en Belgique (hormis le fait que vous êtes moins connu en France) ?
JB : Oui voilà déjà ! Je suis une espèce de mec qui arrive et qui fait plein de trucs. Il faudra des années. Mais l’avantage est d’arriver comme ça. Déjà en France, les gens semblent beaucoup plus pudiques, réservés, n’ont pas le même sens de l’humour que les Belges. Par exemple, les premiers contacts que j’ai eu en Angleterre étaient beaucoup mieux qu’en France. Mais c’est trop cher de monter quelque chose là-bas pour le moment.
Delphine : Donc vous avez l’intention de faire tous les pays d’Europe ?
JB : Non, du monde ! Déjà on a Shanghai de prévu. Mais il faut que je fasse attention avec les représentations de Mao. Et en Iran ca va être d’autres problèmes. On pourra faire une étude de comment on est reçus. C’est une façon de visiter un pays.
Delphine : Est-ce qu’il y a votre slip quelque part dans l’expo, pour montrer l’exemple ?
JB : Oui y’a le mien, mais j’ai même pas penser à l’apporter !
Delphine : Un premier bilan au bout d’une semaine ?
JB : Bah j’étais pas là en fait cette semaine, juste au vernissage. Les gens ont bien rigolé. En plus je suis venu avec mes bières et mes frites, en bon St Nicolas.
Delphine : Hum, les frites étaient parfaites d’ailleurs, les meilleures que j’aie mangées depuis longtemps !
Delphine : Et pourquoi avoir choisi d’exposer ces tableaux un peu subversifs de Tintin aussi ?
JB : Ecoute au début l’idée était de faire une sorte de rétrospective de mon travail graphique. Après j’ai vu que l’endroit n’était pas très grand donc j’ai fait un choix. Mais c’est vrai que ca ne colle pas vraiment, car je travaille plutôt sur les pays. Ca s’appelle « Huile sur toile » et je représente le pays via les couleurs de de son drapeau. Puis ya plein d ‘autres choses, y’a le Musée de la Femme, avec des vraies femmes, etc. C’est devenu un résidu de l’idée de départ mais il aurait fallu tout centrer sur le Slip.
Delphine : Vous avez l’impression de proposer quelque chose d’incongru ou de choquant pour les Français ?
JB : Non, non, je pense que ça fait plutôt rêver ! Non mais j’ai passé ce stade là, le stade l’adolescence, j’ai beaucoup choqué mes compatriotes, en m’attaquant aux grands tabous, à la Famille Royale, etc (NDLR : des représentations de la Reine Fabiola et du Roi Baudoin truqués par des collages pornographiques)
Delphine : Vous êtes perçu comment en Belgique ?
JB : Hum, par les gens au pouvoir, il y a beaucoup de réticences, même au bout de 40 ans d’actions… Mais à force, je commence à avoir une espèce de stature, comme en plus, je suis parfaitement bilingue, je représente totalement la Belgique. Même la partie germanophone, j’y vais de temps en temps. Donc je suis perçu comme quelqu’un qui représente ce pays à part entière, comme Yves Klein représentait le bleu, le ciel est à moi, donc la Belgique est à moi, je suis la Belgique !
Delphine : Et qui achète vos toiles ? (850 à 1500 euros environ)
JB : Y’en a quelques uns, qui veulent avoir un souvenir. Ils achètent l’idée, le concept en fait. Comme ils achèteraient une toile bleue de Klein, l’urinoir de Duchamp, les moules de Broodthaers – bon c’est pas le même prix, c’est quand même 20 millions pour pot de moules !
Quelques photos du vernissage avec les BIPs au milieu des SLIPs :








