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Un Kot au Ritz

Trouver une chambre à Paris quand on est étudiant et étranger relève du parcours du combattant. La Belgique possède dans la Cité universitaire une résidence fraîchement rénovée proposant plus de 250 lits : la Fondation Biermans-Lapôtre. Certains l’appellent le Ritz…

Pour trouver un kot à Paris, armez-vous de patience et, surtout, préparez-vous à quelques vexations du style : « On ne dit pas ‘kot’ mais ‘chambre d’étudiant’ « , « Un loyer à moins de 500 euros par mois, vous rigolez ? » ,  » Votre dossier contient-il un extrait du casier judiciaire, vos 79 dernières fiches d’impôts et un petit dessous-de-table pour l’agence ? ». Pour ceux qui aiment la vie en (relative) communauté, il existe une autre solution : la Fondation Biermans-Lapôtre, la maison des étudiants belges à Paris.

Ce matin-là, BIP est reçu par le président de la fondation. Dans son bureau fraîchement rénové, calé au fond d’un fauteuil au velours bleu, Fernand Moray a entrepris de nous conter l’histoire de l’imposante bâtisse, sous le regard de bronze de Jean Hubert Biermans, le fondateur de la résidence. Le Verviétois aux allures de capitaine Haddock, partage son temps entre la résidence et ses fonctions à l’ambassade de Belgique.

Utopie Voici maintenant plus de trois quarts de siècle que le « château des Belges », tout en tourelles, en créneaux, mariant l’ardoise et la brique rose, s’est enraciné à l’entrée de la paisible Cité universitaire. A l’instar d’André Honorat qui édifia ce village pour étudiants français et étrangers au début des années 20, Biermans cultivait cette utopie que l’entente entre les peuples passerait par les plus jeunes générations. C’était au lendemain de la Grande guerre.

Le siècle a connu d’autres conflits mais le souci de faire se rencontrer des gens d’origines et de cultures différentes n’a jamais faibli. Aujourd’hui encore, la Cité universitaire rassemble dans ses 37 maisons près de 6000 étudiants, chercheurs, doctorants, stagiaires de 138 nationalités. Depuis l’origine, chacune des maisons « nationales » s’efforce d’accueillir un tiers d’étudiants venus d’autres maisons, donc de pays différents.

Gourmet et Santer

A la fondation Biermans – Lapôtre, le cocktail est un peu plus complexe : certes, un tiers des 201 chambres et 18 studios va aux « étrangers ». Mais les deux tiers restants ne vont pas aux seuls Belges. Car la résidence est la maison des Belges et des Luxembourgeois. Un tiers de ces deux tiers est réservé aux ressortissants du Grand-Duché. Fédéralisme à la belge oblige, les deux tiers des deux tiers restants sont partagés à parts égales entre Flamands et Wallons. Au total, la Fondation peut accueillir 270 personnes. Ainsi, depuis ses débuts, plus de 20.000 étudiants sont passés dans ses murs. Certains sont devenus célèbres, comme l’acteur Olivier Gourmet ou l’ancien président de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jacques Santer.

Pour être hébergé dans cette résidence, il faut être âgé de moins de 30 ans, posséder un diplôme de premier cycle (candidatures) dans l’enseignement universitaire ou assimilé, et être inscrit en second ou troisième cycle dans une université de Paris ou un établissement d’enseignement supérieur. La résidence accueille aussi des « stagiaires », c’est-à-dire des personnes qui justifient de deux années d’activité professionnelle et, soit se remettent aux études, soit font un stage dans une société parisienne. Les postdoctorants sont également admissibles, de même que les sportifs de haut niveau dont les entraînements se déroulent à Paris.

La durée totale du séjour est de trois ans maximum. Le loyer est de 340 euros par mois pour un chambre simple et de 660 euros pour un studio. Certes, ces sommes restent élevées. Il est même possible de trouver de petits studios dans le centre de la capitale pour une somme identique.

Les dossiers d’inscriptions peuvent être obtenus à la Fondation Universitaire, 11 rue d’Egmont à Bruxelles (1000). Ils sont examinés début juillet. « Nous tenons également compte de critères sociaux ainsi que du nombre de diplômes obtenus », précise Fernand Moray.

Vanessa et Gérard

Depuis sa rénovation dans le courant de l’année 2000, la Fondation Biermans offre un supplément de confort et de sécurité aux étudiants. Chaque chambre, à l’aspect un peu spartiate, est dotée d’une salle de douche, d’un grand placard, d’un bureau mais aussi de connexions multimédias. L’immeuble dispose de salons de lecture, d’une bibliothèque, de salles informatiques, d’une bédéthèque, d’un labo photo, d’une salle de musique et d’une salle pour les soirées des étudiants.

La rénovation permet aussi à la Fondation d’organiser des activités culturelles dont elle devait se priver jusqu’alors pour des raisons de sécurité. La très vaste salle des fêtes mais aussi les halls de marbre peuvent accueillir expositions, concerts et spectacles. Des tournages de films y ont aussi pris place, comme Elisa, avec Vanessa Paradis et Gérard Depardieu ou des clips de Sylvie Vartan et de Charles Aznavour. « A 2000 euros par journée, les droits d’occupation sont une source de revenus non négligeable », explique le directeur en nous raccompagnant sur le perron de son Ritz.

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